Edouard Manet et la rue Mosnier

Ville, Pays : Paris, France - Mots clés : quartier de l'europe, rue mosnier, rue de berne

En 1878, Edouard Manet peint deux tranches de vie de la rue Mosnier. Bien que l’on ne sache pas si ces toiles étaient destinées à être accrochées en pendant, les deux compositions sont manifestement élaborées en parallèle : même lignes de fuite et quasiment le même moment de la journée. Mais la rue Mosnier c’est où ?

1878 1878 Rue Mosnier aux paveurs - Edouard Manet

Crédit photo : Edouard Manet

1878 1878 Rue Mosnier aux drapeaux - Edouard Manet

Crédit photo : Edouard Manet

1878 Rue Mosnier aux paveurs - Edouard Manet

Crédit photo : Edouard Manet

1878 Rue Mosnier aux drapeaux - Edouard Manet

Crédit photo : Edouard Manet

Petit indice : en 1878 Manet avait son atelier dans le quartier de l’Europe (8ième), au 4 rue de Saint-Pétersbourg, et les deux tableaux représentent la vue qu’il a à partir de ses fenêtres. Il s’agit donc de l’actuelle rue de Berne, avec au fond le croisement en diagonale avec la rue de Moscou. Parallèle aux voies de chemin de fer qui partent de Saint Lazare, le bâti de la rue à l’époque de Manet ne commence qu’au n°7 actuel. On le voit la partie gauche de la rue est occupée par une grande palissade. Plus tard en 1886, sur cette parcelle est élevée l’une des halles des messageries de Saint Lazare. Celle-ci est remplacée en 1939 par un centre de tri postal toujours en activité.

Sans entrer dans une analyse artistique des deux tableaux amusons-nous tout de même à noter quelques éléments et à comparer quelques détails.

En premier lieu c’est le contraste des deux scènes et des couleurs qui est frappant. D’un côté, des tons chauds pour représenter une rue animée avec des ouvriers en train de refaire la chaussée, des fiacres, et en arrière-plan une scène de déménagement. De l’autre, des couleurs plus froides dessinent un jour de fête. Cependant, la rue pavoisée est curieusement presque vide ! Le regard est attiré par le bleu de l’homme aux béquilles qui remonte la rue, alors que de l’autre côté une famille bourgeoise déambule.

Quelques questions se posent : la rue Mosnier est une rue récemment ouverte dans ce quartier de l’Europe nouvellement fondé, or en 1878 a-t-elle réellement besoin d’être repavée ? Manet a-t-il inventé cette scène ?

Remarquez aussi la publicité sur le mur aveugle de gauche! A cette époque on parle plutôt de réclame, il s’agit ici d’une réclame peinte en grand sur un mur. Ce type d’affichage publicitaire se développe à partir de la seconde moitié du XIXème siècle. Il répond au développement des enseignes des grands magasins couplé à celui des transports en commun qui changent les habitudes de consommation. Il faut donc pouvoir lire le message à partir d’un train ou d’un tramway en déplacement. Compte tenu de ce qui précède, on peut penser que cette publicité est probablement réelle. En effet, comme indiqué plus haut, la configuration de la rue Mosnier fait que la réclame peinte devait être visible par les passagers des trains partant de Saint Lazare ou patientant sur les quais.

Autres détails remarquables, regardez les gravats derrière la palissade et la largeur du trottoir de gauche ! Sur le tableau de la rue Mosnier aux drapeaux, le monticule de gravats a considérablement augmenté, au point que la palissade est légèrement déplacée, empiétant sur la majeure partie du trottoir. Manet, soldat durant la guerre de 1870 a-t-il voulu être ironique, voir politique ? L’homme amputé, probablement un ancien soldat doit marcher sur la chaussée, alors que la famille bourgeoise, les civiles pour lesquels il a combattu, profite de toute la largeur de trottoir !

Dernière petite note, une rue vide un jour de fête nationale alors qu’à chaque fenêtre sont accrochés des drapeaux est-ce normal ? On s’attend plutôt à voir une foule en liesse à l’instar de celles représentées sur deux tableaux de Claude Monet peints le même jour : La Rue Montorgueil et La Rue Saint-Denis. Fête du 30 juin 1878. Il s’agit bien d’une fête nationale le 30 juin et non pas le 14 juillet. Ce n’est qu’en 1880 que le jour de la fête nationale est devenu fixe à la date du 14 juillet. En 1878, le contexte est celui d’une Troisième République naissante, encore fragile, qui se construit sur les cendres de la défaite de 1870, de la chute du Second Empire et de la Commune de Paris. Cette année 1878 est de plus l’occasion pour la capitale de retrouver une aura internationale avec l’Exposition universelle qui vient de débuter le 1er mai. Le 30 juin, date neutre, est choisie par le gouvernement pour célébrer la nation. Comme le rapporte le quotidien La Lanterne dans son édition du 30 juin 1878, l’enjeu politique est de taille : « La fête du 30 juin est peut-être la première fête que la nation se donne à elle-même. Pas de nom de rois, d’empereur, de chef d’Etat à cette fête ; un seul nom, celui de la nation et de la nation républicaine. ». Aussi, le programme des festivités se doit d’être à la hauteur. Pourtant la rue Mosnier de Manet semble bien loin des rues en liesse peintes par Monet ! Tous deux sont des républicains convaincus, mais là où Monet montre la ferveur populaire de la fête et de la nation, la rue Mosnier apparait comme l’envers du décor. Même au soir de la fête, la rue reste plutôt sage dans la troisième représentation qu’en a fait Manet.

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1 Rue de Berne, 75008 paris, france

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